LAERT - Mort/ Survie/ Solitude

Description: 
Pendant une après-midi, face au public, Anne Marie Tréal-Bresson exécute ses premières toiles grand format à l'aide de son sang mêlé à du sang de porc. Elle réalise sur ces supports de grandes empreintes en brassant le liquide avec ses mains.
Certains, dégoutés s'en allaient car ils n'aimaient ni la vue du sang ni l'odeur. Le public était tenu à distance bien que la plupart des personnes présentes se maintenaient en retrait de leur propre chef.

LAERT est l'anagramme de TREAL, l'artiste confie être terrorisée par le monde extérieur, d'où ce nom derrière lequel elle se dissimule.
Anne Marie Tréal-Bresson | photographie de la performance "LAERT - Mort/ Survie/ Solitude", 1990 | © Anne Marie Tréal-Bresson | photographie : © DR | courtesy de l'artiste
Anne Marie Tréal-Bresson | photographie de la performance "LAERT - Mort/ Survie/ Solitude", 1990 | © Anne Marie Tréal-Bresson | photographie : © DR | courtesy de l'artiste
Concepteur: 
Anne Marie Tréal-Bresson
Executant: 
Anne Marie Tréal-Bresson
Contexte théorique: 
Le sang dans l’œuvre d’Anne Marie Treal-Bresson
18 mai 2009

Le sang a toujours fait partie de mon œuvre.
Je dessine avec mon sang, ce sang si désiré, si ardemment attendu comme un écoulement qui ne vient pas, qui ne vous installe pas dans une identité de femme.
Le sang a volontairement tourné comme le lait, tari. Rien ne voulait sortir d’elle….Alors elle allait faire sortir ce sang absent...
Elle ne voulait pas grandir…Elle avait si peur des autres.
Le sang la tourmente comme ses excréments, comme l’air qui s’échappe de son cul, ses poils, sa peau… tout cet intérieur bruyant, actif et passif, universellement humain…
Sécrétion d’un tourment ininterrompu, déchet malodorant, fermentation d’une urgence, d’une violence à oublier, champ de ruines d’un éternel féminin, toujours à temporiser pour exister quelque part, entre répulsion, souffrance, indisponibilité sexuelle, génitrice ou impure qui inquiète, détourne les hommes de cette femme incontrôlable, faisant jouer leur vindicte impitoyable de maître dominant…
Cette béance suintante incontrôlable pourrissante, il échappe à la femme qui subit tous les mois ses propres déchets de muqueuse stérile à évacuer malgré elle…
Elle sort d’elle-même ce qu’elle abandonne au sort, à la nature écorchée de sa peur du dedans au dehors, au clair de lune…
Anne Treal, au travers et au-delà de menstrues ordinaires, sanglantes et souffreteuses a voulu opérer une effraction volontaire certaine de ce corps invisible où le dedans jamais, ne justifie le dehors…
1968 : première œuvre avec la terre et le sang, ses cheveux… Ce corps non désiré dans une boite fermée par un verre et des tous petits cartons dessinés… Détruite par Bernard Treal.
Comme si là, elle disposait de son existence de femme sur le sol, là où déjà une intolérable conscience d’être dépossédée d’elle-même dans un monde d’hommes…
Elle avait peur d’appartenir qu’au genre féminin… Elle avait depuis très longtemps peur de la violence…
Très tôt, elle sentit sa double appartenance à un monde masculin-féminin comme une évidence et toujours traiter de l'ambivalence dans son travail la ramène invariablement à une peur « d’être autre, différente »…
1974 : dessin au sang de l’artiste (sang dans le rotring : l’artiste renonce à dessiner avec son sang, sèche trop rapidement)
1979 : Elle conçoit le projet de la construction de la Tour de Babel, pour s’y jeter, pour faire jaillir son sang, pour sauter de 300 mètres de hauteur, pour blesser le regardeur, pour l’entrainer dans la mort avec elle…
« Pour apprendre et encore apprendre à être soi en soi et en dehors des autres »…
Commence les premières empreintes avec son sang (empreinte de main, du pouce, de son genoux, de son sein sur papier) : elle définit ainsi ce travail : « Je souhaite laisser une trace de ce corps et les situer par rapport à la peinture, au dessin.
1980 - Première performance : Geste–Action n° 1 à Lyon Il faut blesser le corps là où l’âme se sépare - Blessure à l’état de projet.
Il est urgent que je m’exprime corporellement… Il ne peut y avoir de discours de complaisance…
Anne Treal se prend du sang elle-même, le met dans des petits flacons intitulés, Sang d’artiste et le distribue aux personnes présentes lors de son exposition personnelle à la galerie L’œil écoute à Lyon.
Cette prise de sang est de l’ordre de la meurtrissure.
Le sang prélevé sur moi va à un autre individu : je me blesse, il se blesse… Je communique avec mon sang…
Très préoccupé par ce sang dans son corps, le caché, l’utile, les cinq litres nécessaire à la vie, le « bon sang », l’indispensable, le performant, organe actif à différencier de celui qui s’écoule passivement….
1981 : Représentation de ses cadavres de chat : la mort lui tient compagnie
1983 : Geste-action à la galerie Alexis Mossa – Nice
Anne Tréal réalise ses premières toiles grands formats en mélangeant son sang avec du sang de porc et réalise de grandes empreintes en brassant le sang avec ses mains sur la toile, expose en même temps des empreintes sur papier à partir de son sang, puis sang sur compresses, sang sur papier Canson et sur papier entoilé…
1985 : Rapport de trace n°7 Saint Pierre la Dérision : Trace de sang mêlé à la terre et au cheveu de l’artiste.
1990 : en janvier, elle écrivait : « je voudrais me baigner dans un bain de sang pendant des heures »…
Réalise des dessins-collages de la Tour de la Confusion maculés de son sang.
1991 : réalise avec son ami Henri Ughetto, Bernard Treal, Arthaud des œuvres avec son sang.
2000 : Musée de Menton : Quatre de ces œuvres sont censurées et refusées d’exposition, dont une intitulée Je suis de la merde - Œuvre composée de sang, de merde, de foutre.
Art-réalité, art de dénigration, je me vois telle que la société me voit, est-ce bien mes yeux, usés par elle, par tout ce dans je ne me reconnais plus. Art d’errance.
Je n’adhère plus à rien, ni à moi-même, ni aux autres… (Extraits Le chien humain - Anne Treal).
2001 : L’artiste crée Pipi caca.
Même perte de contrôle lors de la défécation : les choses qui entrent doivent sortir, passent par l’inconscient, se chargent d'impurs miasmes qui modifie toutes les humeurs d’un corps actif…
Elle se montre déféquant son propre intérieur… Tous les déchets qu’elle fabrique jour après jour…
Elle écrit en 1998 : « Il n’y a pas de chagrin à s’aimer chier, à aimer ce que l’on a fabriqué si soigneusement soi-même…
La merde est notre histoire intime, propre à notre corps, objet de désir des autres…Notre merde fait partie intégrante de notre séduction…
véhicule nos différents états d’âme, diarrhéiques dans les moments de gran de peur ou de grandes contrariétés…
L'eau et la merde n’ont jamais fait bon ménage et irritent notre colon, notre merde est la protection interne des voiles intestinaux, comme la peau protège les téguments, le sang irrigue les flots sanguins, rouge et noir… monte… descend… fait son travail de sang…
Il faut lui accorder le mérite qu’on lui doit, évacuer les surplus que la compagnie des autres génère en nous et tous les stress qui s'y rattachent…
Si je suis bien… Je chie bien…
Si je suis mal… Je chie mal…
Je suis dans ma propre réalité… De la merde dans une culotte, ce sont des pets qui s’expriment en couleur…
C’est la peinture de la vie… de notre intérieur… Ce n’est pas sale… C’est l’expression de notre corps avec ses images, ses couleurs…
Ces extravagances urinaires quand je tousse, je ne les trimbale pas par hasard même accidentellement…
Ma pisse qui me dégouline sur les jambes exprime le froid… La tension interne… J’aime que mon intérieur me parle… Je suis au plus près de lui…
Il faut vivre le poison pour en extraire une œuvre ».
Alors, Anne Treal veut endurer son intérieur comme elle endure le dehors… Elle écrit encore : « Je suis bien dedans à l’intérieur de ce corps, je joue avec moi-même, je me joue des autres… Ils ne peuvent plus rien contre moi, mon sang, mes viscères, ma peau, mes poils s’entendent pour me préserver…
Je suis devenue l’immensitude de ce corps » Extraits de Le chien humain, A.T.B – 1998.
2007 : Vidéo performance composée de poupées barbelées, d’un manifeste de 17 pages contre la guerre, les massacres, les génocides dans le monde, de sculptures tricolores modulables, intitulée Bains de sang.
L'artiste veut laver la barbarie avec son propre sang, ses mains et ses pieds et prendre un bain de sang :
Performance refusée ou censurée par les galeristes, les institutions, mais intéresse beaucoup les enseignants des établissements scolaires.
Elle réalise cette performance le 5 janvier 2010 au CDI de Fumel (dans le Lot et Garonne) avec son sang.
Projet d'une performance grandeur nature, intitulée La Comtesse aux pieds nus où l'artiste prendra son bain de sang pour méditer sur la cruauté du monde humain…
2010 : Premières Incursions sanguines bordelaises : Réalisation par l’artiste de photographies de deux interventions chirurgicales :
- Exérèse de la face présentation à Bordeaux sur les quais (Nidanne)
- L’artengriffe - Mises en circuit sur le blog de l’artiste et sur facebook.
Effectuations: 
Lieux: 
Date de début: 
23 05 1990
1 après-midi
Topologie: 
Contexte: 
lors du vernissage de l'exposition de Anne Marie Tréal-Bresson à la Galerie-musée Alexis et Gustav-Adolf-Mossa
Adresse: 
59 quai des Etats-Unis
nom temporaire de la Galerie de la Marine
Nice
Objets: 

toile au sang réalisée pendant l'action

Technique description référence: 
toile au sang réalisée pendant l'action
Anne Marie Tréal-Bresson | trace de la performance "LAERT - Mort/ Survie/ Solitude", 1990 | © Anne Marie Tréal-Bresson | courtesy de l'artiste