Les dessous du musée

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Marche
Souterrain
Description: 
Les trois artistes rentrent dans le lit souterrain du Paillon, et marchent sur 1200 mètres jusqu'à se retrouver sous le Musée d'art moderne et contemporain, inauguré un an plus tôt. Une fois le but atteint, ils prennent possession du lieu par des inscriptions et des peintures. Serge III fait exploser une bombe de lumière qui se répercute dans les voûtes des fondations. Ce geste peut être lu comme une métaphore de la situation des artistes. Jean Mas a écrit : « Attentat ou baptême du lieu, les deux interprétations sont valables (...) Nous nous proposons, ultérieurement, d'inviter le public à une visite commentée des lieux. Nous comptons d'autre part prêter gracieusement ce lieu aux confrères artistes qui n'ont ni atelier ni espace de travail. »
PROCÈS-VERBAL DE PRISE DE POSSESSION DU DESSOUS DU MUSÉE D’ART MODERNE ET D'ART CONTEMPORAIN DE NICE

Le jeudi 7 novembre 1991, nous, José Ferrandi, Jean Mas, Serge III avons descendu le Paillon jusqu’au-dessous du Musée d’art moderne et d'art contemporain de Nice.
Nous sommes entrés dans le lit du Paillon au niveau de l’arrière du Palais des Expositions et l’avons descendu sur environ 1200 mètres, marchant tantôt sur un sol bétonné, tantôt sur de larges pavés bétonnés, tantôt pataugeant dans l’eau sur des galets.
À l’aller, nous avons été accompagnés par un bulldozer dont le bruit sous les voûtes était assourdissant.
On reconnaît les fondations du musée à une dalle de béton plate qui remplace les voûtes de la couverture du Paillon.
Sous le Musée, nous avons pris possession du lieu par des inscriptions et des peintures. Serge III a fait exploser une bombe de lumière dont les roulements silencieux se sont longuement répercutés sous les voûtes. Attentat ou baptême du lieu, les deux interprétations sont valables.
Des photos et une bande vidéo ont été prises.
Nous nous proposons, ultérieurement, d’inviter le public à une visite commentée des lieux. Nous comptons d’autre part prêter gracieusement ce lieu aux confrères artistes qui n’ont ni atelier ni espace de travail.
José FERRANDI, SERGE III, JEAN MAS.
MARQUAGE SYMBOLIQUE (DÉCOUVRIR LES DESSOUS DU MUSÉE ET LES PEINDRE)
- SQUATTER LA GALERIE DU PAILLON LA DÉCLARER ATELIER D’ART
- ORGANISER UN VERNISSAGE, SOUS LE MUSÉE

La traversée d’une ville dans ce monde désormais souterrain nous amène à bien des valeurs dans ce lieu de passage.

Dernière pensée à la mer, dernier horizon d’un bleu qu’obture progressivement la courbe de l’ouvrage.
Petit point de lumière qui disparaît, nous remontons vers l’amont à la rencontre de la voûte qui porte le musée.

- Sous la Promenade des Arts, je risque : « nous sommes sous l’art ».
Fortes odeurs, courants d’air, eau glacée, nous progressons dans le ventre de la ville.
Fragments d’histoire qui partagent un courant, celui de l’art, mine possible pour celui qui ose ici descendre et suivre pour tramer avec les fondations la genèse d’une histoire.
Présence des forces chthoniennes au sein de ce monde du rat dans l’égout. Les goûts pour un Art qui bouleverse les lettres et jette au sens des mots en pâture.

- Enfin, nous sommes sur la place, moment émouvant d’intense recueillement. Cernés par l’hostilité du lieu auquel nous faisons face, nous marquons un moment de long silence.
Tout est prêt, l’éclairage enfin jette nos ombres sur la voûte. Nous pouvons commencer notre œuvre.
Dernière photo, prise vidéo, il nous faut maintenant retrouver le chemin des vivants.

- Longue marche vers la surface pour porter le geste, présenter l’action et faire de cette galerie un nouveau lieu d’art contemporain.
Nous squatterons ce lieu, organiserons des visites guidées et le temps gardera à jamais dans sa mémoire le souvenir de ceux qui, un jour d’automne, sont allés peindre les dessous d’un musée.

JEAN MAS - SERGE III - GESTE ARTISTIQUE
- Ce geste inscrit sa réalisation comme un pur esprit d’un devenir, c’est-à-dire pré-philosophique.
- Cœxistence de plans créant un champ d’immanence propre à une conscience, ici, celle d’un sujet artiste dans le traitement d’une œuvre d’art.
- Compréhension a-conceptuelle qui tendrait à placer ce geste en-deçà de la peinture, degré zéro dans une expérimentation tâtonnante. Il s’agit d’un exercice de pensée, c’est-à-dire de danger !
- Dans la marge et la proximité des concepts possibles par leur pertinence se définit une étendue nouvelle, un territoire (ici le lit du fleuve devient lit d’art).
Création d’un sens d’Art, nous allons vers l’amont ! Il ne s’agit plus de suivre la trace, d’inférer plutôt que de saisir, d’ébranler au lieu d’être saisi (par un musée !).
- Acte de penser, acte de création, nous felimbrons aux limites du possible, du langage qui s’amorce par un geste, ce geste.
Jean Mas, Serge III, José Ferrandi | photographie de la performance "Les dessous du musée", 1991 | © Jean Mas | photographie : © DR | courtesy Alain Amiel
Jean Mas, Serge III, José Ferrandi | photographie de la performance "Les dessous du musée", 1991 | © Jean Mas | photographie : © DR | courtesy Alain Amiel
Concepteur: 
Jean Mas
Serge III
José Ferrandi
Executant: 
Jean Mas
Serge III
José Ferrandi
Sources bibliographiques: 
in Jean Mas, trente ans de Performas, Alain Amiel, 2008, p.71
Organisateur: 
Jean Mas
Serge III
José Ferrandi
Effectuations: 
Documents: 

Nice Matin, 24 novembre 1991

Type: 
Presse
Technique description référence: 
Nice Matin, 24 novembre 1991
Jean Mas, Serge III, José Ferrandi | trace de la performance "Les dessous du musée", 1991 | © DR | courtesy Alain Amiel