Les Ateliers du Paradise

Un film en temps réel de Pierre Joseph / Philippe Parreno / Philippe Perrin
Description: 
Ni cinéma, ni théâtre, ni performance, Les Ateliers du Paradise inaugurent un nouveau genre que l'on découvrira cet été à Nice. L'action se déroule dans une jeune galerie d'art contemporain Air de Paris au 18 de la rue Barrillerie.

Trois artistes, Pierre joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin s'y sont retrouvés pour y passer les vacances durant une période qui avoisine celle de l'exposition.

Sous leur impulsion, la galerie est devenue un lieu d'habitation et de récréation dans lequel ils jouent leur vie et leurs fantasmes en « temps réel ».

Pour cristalliser cette scène de 100 mètres carrés, les artistes ont (im)posé un décor à la mesure de leurs ambitions : jouets géants, œuvres d'art, confort technologique, mobilier luxueux ; c'est une aire de jeu pour « enfants gâtés » adultes. Un bataillon de services (médecins, professeurs de langues, de sport, psychiatre, cuisiniers...) réquisitionnés pour l'occasion sont autant de papas et de mamans spécialisés. Des scènes qui ne semblent pas totalement improvisées s'organisent : Philippe Perrin s'essaye à la plongée dans un jacuzzi fumant, Pierre Joseph poursuit des expériences qu'il avait commencé quand il avait neuf ans, tandis que le dernier, Philippe Parreno, réécoute inlassablement les dix premières mesures de « comment te dire adieu », à la manière de J.L. Godard dans « Sous le signe du lion ». Sont également présents des intervenants extérieurs triés sur le volet que les artistes présentent comme des informations vivantes et qu'ils chérissent particulièrement. Ici le galeriste ne leur refuse rien et leurs caprices semblent pouvoir être tous exaucés, on est tenté de parler d'accouchement sans douleur de l'art. Le visiteur lui, est comme le monteur d'un film sans pellicule (il évolue dans un espace photogénique), regardeur qui privilégie des points de vue, et choisit son temps de vision. C'est aussi un acteur dès qu'il intervient. L'actor's studio en quelque sorte.

Communiqué de presse de l'exposition, Galerie Air de Paris, Nice.
Le Paradise était une boîte de nuit à Monaco où Philippe Perrin et Edouard Mérino aimaient aller avec leurs amis, les frères Giacomoni, performeurs au sein du groupe Mission Totale. La soirée se terminait généralement en scandale. De là est né le nom Les Ateliers du Paradise.
Le t-shirt des Ateliers du Paradise, multiple à variable (Edition GDL, Nice)

500 exemplaires, imprimés chacun au dos du générique de l'exposition et brodés d'un mot en doré sur le devant.

500 mots différents, qui génèrent ainsi un jeu de rôle à l'échelle 1. Si « le hasard » rencontre « la roulette russe »...

50 de ces t-shirts ont été attribués à des visiteurs au moment du vernissage, ce qui a donné lieu à l'écriture d'un scénario « en temps réel » par Marion Vernoux sur l’ordinateur de la galerie.
Quelques informations fournies par Florence Bonnefous, galeriste d'Air de Paris :
L'espace de la galerie s'articulait ainsi : l'entrée fonctionnait comme le générique du « film », la première salle servait de bureau et de salle de sport, la salle à droite tenait lieu de salon, à l'étage, la chambre.
Sur l'ensemble du parcours de l'exposition étaient fixées des prises d'escalade voulues par Philippe Parreno.
Pendant toute la durée l'exposition, les 500 t-shirts brodés de 500 mots différents étaient portés aléatoirement, pas de manière systématique mais au rythme des lessives.
On aperçoit sur plusieurs photographies une bibliothèque achalandée en livres de toutes les couleurs, la « Bibliothèque du Paradise » par Philippe Parreno.
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Pierre Joseph, Philippe Perrin, Philippe Parreno | photographie de la performance "Les Ateliers du Paradise", 1990 | © Pierre Joseph, Philippe Parreno, Philippe Perrin | photographie : © DR | courtesy Galerie Air de Paris
Concepteur: 
Pierre Joseph
Philippe Perrin
Philippe Parreno
Executant: 
Pierre Joseph
Philippe Perrin
Philippe Parreno
Contexte théorique: 
Le retour de la vache qui rit
« Les Ateliers du Paradise », Air de Paris, Nice, 1990

« Les Ateliers du Paradise » a changé l’ordre de la représentation tout en introduisant des éléments de jeu, d’irresponsabilité et de plaisir. Tout ceci était pourtant conçu dans une structure critique qui était apparente plutôt qu’évasive, signalant le potentiel d’un nouveau modèle d’exposition. Même si chaque artiste qui avait collaboré à l’exposition a trouvé son chemin depuis, le moment des « Ateliers du Paradise » fut la culmination de nombreuses excursions temporaires dans un renouvèlement de stratégies collaboratives par tous les participants. Tout ceci accompagné de la remise en contexte réordonnée qui fut produit de l’école des curateurs au Magasin à Grenoble, cette dernière ayant produit aussi Florence Bonnefous et Édouard Merino (Air de Paris), Esther Schipper (Schipper und Krome), Louise Neri (Parkett) et Dominique Gonzalez-Fœrster. Ce qu’ils y ont fait est devenu normalisé dans la restructuration relative qui a accompagné de nouvelles tentatives de trouver des manières de passer le temps (artistique), mais à l’époque, environ en 1990, « Les Ateliers du Paradise » a introduit des éléments d’excès, de fonction et de détente qui étaient à la fois austères et conviviaux.

La mémoire du passé récent est toujours hésitante, et pour une publication comme la présente, il serait prudent de tenter de retenir les fautes de l’esprit miroitantes qui jouent avec l’amnésique.

Neuf ans en arrière : À Londres, cela nous semblait être un bon moment pour quitter la ville. Et quelqu’un avait dit : « Allons en voiture à Nice. » Ou plutôt cette version : Il y avait une carte, et la carte était de la même taille qu’une carte de crédit. Elle était bleue avec les noms de certains artistes dessus : Philippe Parreno, Pierre Joseph, Philippe Perrin et peut-être Bernard Joisten. Ou peut-être pas Bernard Joisten.

Une voiture est arrivée à l’appartement. Alors l’anticipation commence. Ce n’était pas sortir du métro et entrer directement dans une galerie, mais plutôt rouler pendant deux jours pour arriver sans prévenir et voir s’il n’y avait pas quelque chose derrière la carte.

Traverser la France, du nord au sud via les montagnes plutôt que par la rapide « autoroute du Soleil ». La montée du sommet et la descente de l’autre côté, peut-être en plein été. Les bras brûlants. Puis, pendant que la route plus ou moins directe tourne pour la dernière fois à l’entrée de la vieille ville, le chauffeur regarde dans le mauvais sens. Je suis passager et tends tout simplement le bras pour le frein à main. À mon étonnement, cela marche, nous arrêtant avant qu’il n’y ait un choc latéral.

Dans les ruelles de Nice, il fait frais, mais ça pue. Frais par rapport aux environs en été. La galerie, Air de Paris, n’a pas de zones clairement désignées. Il n’est pas immédiatement clair qui sont les artistes et qui sont les marchands et qui sont les critiques et qui sont les conservateurs. De petits appareils photo offerts gratuitement vous permettent de saisir vos propres images. Les artistes ont déjà pris quelques photos de chaque pellicule. Il devait y avoir une liste peu avant le vernissage, des choses nécessaires pour passer des vacances-exposition au soleil et à la puanteur fraîche : des leçons en japonais ; des cartes de crédit ; du Gautier (hmmm) ; des jeux vidéos (ahhh) ; des meubles soigneusement choisis (la première apparence d’une esthétique Panton-esque dans un contexte de galerie) ; et d’autres œuvres pour ajouter au plaisir. Des canapés et des boissons et des instructions précises par des chefs experts. Un mur d’escalade. Un an avant Matthew Barney, des artistes à Nice passaient du temps à se tirer soigneusement autour de la galerie sans jamais toucher le sol, mais sans la gravité du minutage des performances, juste pour éviter l’ennui et pour trouver de nouveaux moyens de s’amuser. Un espace social réordonné. Un sens que le temps devient une question importante sans l’emploi des moyens basés sur le temps. Il n’y a pas de vidéo qui documente les artistes. Il s’agit d’une participation. Et l’on pouvait y participer rien qu’en arrivant.

Assis plus tard dans une maison proche, des gens ont mangé des tripes. Il y aurait tout le trajet de retour pour réexaminer le potentiel du potentiel. Un film en temps réel avait été créé, par l’application d’une théorie qui ne se servait ailleurs que de moyen de justifier un autre formalisme retravaillé. Je pensais à une phrase accompagnée d’un sourire en réponse d’un rapport de Londres : « Pourquoi voudriez-vous faire cela ? On sait déjà ce que cela produirait. » Une situation où le texte sur film, la structure sociale et la politique seraient nécessaires pour décoder un ensemble de nouvelles stratégies de comportement qui renversaient la prévisibilité lumpen de la manière à laquelle les artistes se placent normalement par rapport à leurs multiples publics. Et pourtant, on n’avait besoin de rien de cela pour confirmer n’importe quoi. À Nice tout était flou et pourtant le résultat était une clarté extrême. Alors que nous sommes habitués aujourd’hui à participer aux produits des jeux sociaux renouvelés d’autrui, « Les Ateliers du Paradise » reste engageant. C’était un moment de début qui donnait le sens de se joindre à quelque chose à mi-chemin.

Berlin, octobre 1999
La galerie Air de Paris avait commencé par une idée farfelue. Philippe Parreno, Pierre Joseph et Philippe Perrin avaient conçu Les Ateliers du Paradise : ils avaient simplement eu l'idée d'habiter la galerie pendant un mois, et avaient décoré leur habitat avec des œuvres d'art contemporain. L'ambiance était ludique, et l'idée d'utiliser l'œuvre d'art comme un cadre de vie, et non comme quelque chose de sacré qu'on adore sans toucher, était franchement innovante. Les Ateliers du Paradise ont pour moi une vraie valeur historique.

in Art press n°226, Juillet - Août 1997, Éric Troncy Le spectateur et l'accident : participation and accident, p. 43-47 , français - anglais
L'idée des Ateliers du Paradise est, selon Philippe Perrin, née d'une discussion entre Pierre Joseph et lui-même dans un train entre Grenoble et Nice.
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