Une visite sans médecin

Concepteur: 
Pierre Le Pillouër
Executant: 
Pierre Le Pillouër
Organisateur: 
Pierre Le Pillouër
Contexte théorique: 
Que les propos de Jacques Médecin relèvent d'un lapsus « malheureux » ou qu'ils s'inscrivent dans une perspective électoraliste, nous les condamnons résolument et définitivement.
Nous n'en déduisons pas qu'il faille renoncer à Nice, à toute activité artistique, scientifique, intellectuelle et culturelle. S'agissant des lieux gérés par la municipalité, nous considérons qu'ils doivent appartenir à tous !
Nous refusons de faire l'amalgame entre les déclarations honteuses du Maire et le Musée d'Art Moderne, et le personnel qui l'anime.
C'est pourquoi, les artistes de Nice et de la région vous invitent au Musée d'Art Moderne, le vendredi 22 juin 1990 à 17 heures pour une visite sans Médecin.
Extrait de André Giordan et Alain Biancheri, « L’École de Nice et les maires de Nice ! (4) L’enfantement du MAMAC », in ART Côte d'Azur, 9 février 2011 :

Une rétrospective Arman était prévue pour l’inauguration du MAMAC. Or Jacques Médecin, fortement critiqué sur ce qui deviendront ses « affaires » , flirte alors avec le Front national. Il reçoit « pompeusement » Le Pen à la mairie ; trois conseillers municipaux aussitôt démissionnent. Dans un interview à Antenne 2, le maire prononce une parole rapide et malheureuse -qu’il regrettera officiellement- : « ce sont les juifs qui partent »... Une polémique féroce s’enclenche sur le plan national pour ces propos qualifiés d’antisémites . Arman, le plus connu des artistes niçois, renonce à sa Rétrospective, dans sa propre ville et pour l’inauguration d’un musée construit pour lui et ses collègues niçois… Scandale !

« Après la réception royale faite à Jean-Marie Le Pen et à l’ancien Waffen SS Shoenhuber et les déclarations assez antisémites de M. Médecin, je n’ai pas le cœur d’inaugurer cette exposition main dans la main, sourire dans le sourire avec le maire de Nice »
Arman, déclaration du 8 mai 1990, à l’AFP.

Jack Lang, de nouveau ministre de la culture (et des grands travaux), envoie à Arman un télégramme de félicitations. « Au moment où Monsieur Jacques Médecin récidive et revendique à 99,9% les thèses du Front national, Jack Lang espère que d’autres artistes accepteront de suivre l’exemple d’Arman. »
Jack Lang, texte publié dans Libération, le 15 avril 1990.

La condamnation des propos du maire fait l’unanimité chez les artistes de l’Ecole de Nice. Leurs réponses par contre sont diverses ; elles hésitent entre l’importance d’un tel événement pour leur art et leur caution à la cause de l’antiracisme symbolisé par le geste d’Arman. Fâché, Jack Lang indique que l’Etat ne prêtera pas d’œuvre des musées nationaux et refuse de venir à l’inauguration. L’art devient second, on a affaire à un combat de « Jack contre Jacques », comme le titre la presse internationale… qui contribue néanmoins à faire connaître sur le plan national et international le Musée et l’art à Nice ! Sur fond d’opposition gauche/droite, Jack Lang se veut le chantre de l’antiracisme et « Jacquoù de Nissa », le défenseur de la décentralisation.

L’inauguration eut bien lieu à la date prévue [le 21 juin 1990, NDLR], devant une foule considérable, mobilisée à l’appel de la puissante Association des amis du Maire ! Cette même association qui était très réticente à l’érection d’un tel musée et qui brutalement pour soutenir leur « idole » prend fait et cause pour l’Art contemporain. A quoi peut tenir l’amour de l’art !

Beaucoup d’artistes niçois boycottent la cérémonie, d’autres se font porter pâles. Seuls sont présents Sosno, Fahri, Max Cartier, Jean Mas et Ben. Ce dernier porte un écriteau sur lequel on pouvait lire : « Je suis contre le racisme et le diktat de Paris ». Le lendemain un grand nombre d’artistes emmenés par le groupe Fluxus-Nice font une contre-inauguration [ Une visite sans Médecin, organisée par Pierre Le Pillouër, NDLR ] . Jean Mas organise ultérieurement une inauguration-performance, le 29 juin, qu’il lie à une pétition.

« Cette sombre histoire du Musée de Nice a quatre avantages : elle fait de la pub à Arman, elle en fait à Médecin, elle en fait pour le Musée et elle fait vendre des journaux… Tout donc pour le mieux dans le meilleur de l’immonde »
Artension, juillet-août 1990.

Serge III et Jean Mas récupéreront cette polémique par un grand « geste artistique » dans la pure lignée de l’École de Nice. Ils iront explorer et peindre avec José Ferrandi, dans le lit du Paillon, les « dessous » du MAMAC : « Nous sommes sous l’art » Jean Mas et Serge III, 7 novembre 1991.
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