Le verre de Cognac de Freud

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Action : lecture de la lettre de Freud au Docteur Fliess du 20 avril 1896 et boire cul sec un verre de cognac.

Allocution de Jean Mas :
"Par ici la bonne soupe !
Si j’ai choisi la carotte, c’est d’abord en raison de l’épaisseur de carre et de hotte.
On peut en effet penser qu’une épaisseur correspond à quelque chose qui, dans une hotte aurait un répondant.
Aussi, m’adressant à mes hôtes, je leur confiais que j’ai pêché ici pour faire ma Performas : oto-rhino et cognac.
Par ici la bonne soupe !
Je m’arrêterai dans ce début de recette au poireau pour y goûter.
Au poids du rot, témoin d’émission par la bouche d’une montée ecclésiastique qui, composant le roté, prononce la nullité du mariage.
Dans ce saint climat et avec ce qui sort de la bouche, nous entrons dans le propos sans pour autant piquer du nez.
Résumons-nous :
Pour rester dans la bouche, le cognac qui se substitue au poireau et pour le nez, l’oto-rhino (carotte).

LE VERRE DE COGNAC DE FREUD
En 1894, Freud a 38 ans. Il est marié, père de cinq enfants. D’autres membres de la famille vivent avec lui. Sa clientèle était loin d’être établie. Il avait quelques difficultés à joindre les deux bouts. Il cumulait des dettes anciennes.
À cette époque, Freud décide d’appliquer sa nouvelle méthode pour le traitement des névroses. Il risque de se couper de ses collègues, de s’isoler.
Freud souffre de troubles cardiaques et cela le préoccupe.
Il se tourne alors vers le docteur Fliess qui affirme alors que Freud ne souffre que d’une hypersensibilité à la nicotine.

"En ce qui concerne mon mal, j’aimerais que tu aies raison de croire que le nez est pour beaucoup dans cela et que le coeur n’y est pour rien. Seul un juge très sévère me tiendra rigueur de ce que je crois souvent le contraire, avec ce pouls et cette insuffisance. Je ne suis pas en mesure de dépenser pour ma santé 1000 à 1500 florins (2000 à 3000 francs) ou même la moitié de cette somme, et ne suis pas assez démoralisé pour accepter ta suggestion de m’épargner la dépense. Je pense, par ailleurs, que cela n’est pas indispensable. Si l’emphysème (le sinus sphénoïdal : voir la lettre du 26 avril 1895) est au centre du problème, le principal danger est alors éliminé et quelques mois supplémentaires d’inconfort ne me tueront pas. Si, par contre, le principal trouble est une lésion cardiaque, tu ne pourras dans ce cas qu’éliminer des symptômes secondaires et je me verrai alors affronter le danger sans mise en garde, ce que je ne veux pas.
Si je puis écrire aujourd’hui, c’est que j’ai meilleur espoir. Je me suis tiré de cette pénible crise (nasale, et non cardiaque) grâce à une application de cocaïne. Je ne puis t’assurer que je ne viendrai pas une journée ou deux pour une cautérisation ou une galvanisation (Freud parle ici de cautérisation chimique ou électrique), mais même cela n’est pas possible pour le moment. Ce que je voudrais finalement, c’est que tu acceptes de ne pas vouloir en savoir davantage sur cette question du coeur.
Je suis heureux d’être maintenant en droit d’attendre de nombreuses nouvelles, et beaucoup plus encore.
Mes plus cordiales pensées, ton Sigm."

Notre oto-rhino avait élaboré un concept de névrose réflexe nasale.
De sa rencontre avec Freud, se forme une amitié née de l’admiration que Freud éprouve pour le personnage et de l’écoute qu’a Fliess pour les recherches de notre psychanalyste. Ils vont même jusqu’à tenir congrès ensemble. Notons aussi que les deux médecins se sont intéressés aux applications locales de la cocaïne.
Et puis, les relations entre les deux hommes se dégradent. Une certaine distance s’installe et cela notamment avec "l’épisode Emma".
Emma est une patiente de Freud, soignée pour hystérie. Elle souffre de douleurs abdominales (mots de ventre).
Et Freud, comme pour d’autres cas, demande à son ami de bien vouloir examiner sa patiente afin de déterminer s’il y a chez elle une pathologie des cornets et des sinus qui aurait pu expliquer partiellement ses symptômes.
Fliess diagnostiqua certains troubles et suggéra une opération.
Ainsi, Fliess va opérer.
Il opère la patiente et repart. Seulement, surviennent des complications post-opératoires : suppurations fétides, saignements...
Freud, seul, fait appel à un autre oto-rhino. Or, ce dernier constate que Fliess a oublié 50 cm de gaze...
Au moment de l’enlèvement de la gaze, la malade a une grave hémorragie et perd connaissance. Freud qui assiste à l’intervention se sent mal et doit quitter la pièce. Il se remit en buvant un peu de cognac.

MESDAMES, MESSIEURS :
LE VERRE DE COGNAC DE FREUD."
Jean Mas | photographie de la performance "Le verre de Cognac de Freud", 1987 | © Jean Mas | photographie : © DR | courtesy Alain Amiel
Jean Mas | photographie de la performance "Le verre de Cognac de Freud", 1987 | © Jean Mas | photographie : © DR | courtesy Alain Amiel
Jean Mas | photographie de la performance "Le verre de Cognac de Freud", 1987 | © Jean Mas | photographie : © DR | courtesy Alain Amiel
Concepteur: 
Jean Mas
Executant: 
Jean Mas
Sources bibliographiques: 
cité in Jean Mas, trente ans de Performas, Alain Amiel, 2008, p.52
cité in Performas, 40 ans d'art d'attitude, Alain Amiel, 2010
Organisateur: 
Jean Mas
Effectuations: 
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