Odeur et obéissance

Description: 
L'intervention de Carsten Hollër est une conférence lue dont le sujet et la clôture sont inhabituels.
En voici le déroulé (texte fourni par la Galerie Air de Paris) :

« Une allocution en six parties : C.H. explicite l'influence des odeurs conspécifiques sur le comportement humain.

1- Pendant l'introduction, il rappelle une anecdote quant à l'importance de l'odeur du corps humain comme transmetteur : une danse rituelle où les femmes dansent avec une pomme calée sous l'aisselle. Elles offrent ensuite cette pomme au jeune homme de leur choix. Les hommes doivent la manger. L'histoire raconte qu'ainsi les hommes tombent facilement amoureux de la femme qui danse.

2- Exposé de quelques connaissances sur les différentes types d'odeurs produites par l'être humain. Avec l'aide de représentations de nus, on reconnaît les endroits du corps présentant les plus grandes concentrations de glandes. Quelques informations sur le rôle des bactéries dans la production d'odeurs. La plupart des substances produites par l'aisselle sont inodores au moment de leur sécrétion. Ce n'est qu'après l'action d'une bactérie spécifique qu'une odeur typique est émise. Il explique ensuite pourquoi des êtres de différentes races émettent des odeurs différentes.

3- Quelques informations sur la relation naso-génitale. Au XIXè siècle, les anatomistes découvrirent une forte similarité entre les tissus nasaux et génitaux (mâles et femelles). Auparavant, on savait que le saignement de nez et la menstruation sont souvent liés, et que les femmes adultères manifestent des transformations du mucus nasal. Ces tissus ont été examinés pour tester la virginité de femmes avant leur mariage. Un médecin allemand appliquait de la cocaïne sur des endroits particuliers du nez pour guérir des maladies génitales. Au temps de Virgile, seuls les hommes dotés d'un grand nez pouvaient participer aux orgies sexuelles. De nos jours, il semble clair que ces premiers étudiants étaient sur la bonne voie, quant à la relation entre le nez et les organes génitaux, via les hormones.

4- Il présente les plus récentes découvertes relatives aux odeurs individuelles. Pourquoi chaque individu sent-il différemment ? Pourquoi détestons-nous si nettement l'odeur de l'un, quant celle d'un autre est incroyablement plaisante ? Cela a à voir avec l'amour, bien sûr. Les gens que nous n'aimons pas (pour leur odeur corporelle) ont des systèmes immunitaires incompatibles avec les nôtres, empêchant la reproduction. Bien que deux personnes n'aient jamais la même odeur, nous héritons les nôtres de nos parents. Des mères peuvent reconnaître le t-shirt de leur bébé au milieu d'une centaine de t-shirts de bébés différents.

5- La synchronicité du cycle menstruel féminin est influencée par les odeurs. Des étudiantes partageant un appartement ont leurs règles en même temps. On peut recréer cette synchronicité par exemple en faisant sentir régulièrement à une femme une pièce de coton qu'une autre femme aura régulièrement placée sous son aisselle. Si cette procédure est répétée un mois durant, les deux femmes auront le même cycle sans jamais s'être rencontrées.

6- Les hommes produisent sous l'aisselle un nombre de substances que les femmes en ovulation trouvent extrêmement plaisantes, alors même que les sécrétions vaginales peuvent tournebouler les hommes. Il se référera à des expériences classiques avec ces substances. Par exemple, dans la salle d'attente d'un dentiste, une chaise traitée avec une odeur masculine sera élue de préférence par les femmes qui attendent leur tour.

Il enverra successivement dans la salle quelques odeurs synthétisées en laboratoire (chauffées puis envoyées vers le public avec un ventilateur). Ainsi, le public jugera par lui même. (Odeur d'aisselles masculine n°01 et n°02 ; Excess - une fragrance vendue en sex-shop pour les hommes désirant attirer les femmes - ; Fahrenheit de Christian Dior ; sécrétion vaginale de femme nubienne et deux autres sortes européennes). »

L'action a été présentée à plusieurs reprises en différentes villes (Paris au café Beaubourg, Berlin...). Dans la variante présentée à Nice, au fil de l'intervention, plusieurs femmes bien mises passent une à une dans le public. Un coton imbibé d'une odeur spécifique est fixé à leur poignet, elles le font sentir aux spectateurs qui le souhaitent. La dernière odeur est celle du vagin d'une femme nubienne ménopausée.
Concepteur: 
Carsten Höller
Executant: 
Carsten Höller
Effectuations: